🔭 Il se passe quelque chose

Quelque chose de gros. Comme cet article.

🔭 Il se passe quelque chose

Il y a quelques jours, on m'a partagé un article qui était en train de devenir viral sur X. Il s'intitule : "Something big is happening" (quelque chose de gros est en train de se passer).

Ca parle du changement systémique qu'une IA de plus en plus intelligente va trÚs bientÎt provoquer dans la société. Et ça fait pas dans la dentelle.

L'article est un peu long, mais je n'ai pas pu décrocher de sa lecture. Pourquoi ? Parce qu'il dit exactement ce que j'essaye de dire au grand public ces derniers temps. Et il le dit trÚs bien.

J'Ă©tais limite un peu frustrĂ© de ne pas l'avoir Ă©crit moi-mĂȘme. 😅
C'était presque mot pour mot ce que je voulais dire.

D'un autre cÎté, l'important était que le message passe. Et à en juger par le nombre de likes et retweets, il a été vu.

Mais est-ce qu'il a été assez vu, par assez de monde ? Je ne crois pas.

Et au regard de l'importance du message, je me suis dit que mon devoir était de le repartager ici dans cette newsletter, avec quelques adaptations :

  1. Je vous ai traduit le message original en français (à l'aide de... l'IA oui)
  2. J'ai choisi de mettre en gras certains mots importants
  3. Je l'ai complĂ©tĂ© d'encarts signĂ©s ☝ pour ajouter mes remarques et rĂ©actions. Un peu comme une vidĂ©o de rĂ©action Youtube Ă  une autre vidĂ©o, sauf que lĂ  c'est une newsletter en rĂ©action Ă  un post X, anciennement Twitter. Vous suivez ? 😛

Accrochez vos ceintures, ça va tanguer. C'est là-dessous. 👇

💡
Bon cette newsletter est grosse. Genre fat fat.
Mais c'est pas ma faute, c'est le type qui a écrit le message à l'origine qui avait beaucoup de choses à dire.
Si la newsletter est coupĂ©e dans votre lecteur de mail, n'hĂ©sitez pas Ă  cliquer sur le titre tout en haut pour ouvrir la version web. 👆

Quelque chose de gros est en train de se passer

Repensez à février 2020.
Si vous Ă©tiez vraiment attentif, vous avez peut-ĂȘtre remarquĂ© que quelques personnes parlaient d’un virus qui se propageait Ă  l’étranger. Mais la plupart d’entre nous n’y prĂȘtaient pas attention. La bourse se portait trĂšs bien, vos enfants allaient Ă  l’école, vous alliez au restaurant, vous serriez des mains, vous planifiiez des voyages. Si quelqu’un vous avait dit qu’il faisait des rĂ©serves de papier toilette, vous auriez pensĂ© qu’il passait trop de temps dans un coin Ă©trange d’Internet. Puis, en l’espace d’environ trois semaines, le monde entier a changĂ©. Votre bureau a fermĂ©, vos enfants sont rentrĂ©s Ă  la maison, et la vie s’est rĂ©organisĂ©e d’une façon que vous n’auriez jamais crue possible si vous vous Ă©tiez dĂ©crit la situation un mois plus tĂŽt.

Je pense que nous sommes aujourd’hui dans la phase « tout cela semble exagĂ©rĂ© » de quelque chose de bien, bien plus important que le Covid.

☝
Remarque de Mathieu
L'analogie avec le Covid est trÚs pertinente, car tout le monde sur la planÚte a vécu le Covid.
On est passé de "Ouais c'est que 3 personnes en Chine qui sont un peu malades" à "Enfermez-vous tous et ne parlez à plus personne jusqu'à nouvel ordre" en trÚs trÚs peu de temps.
C'est le signal d'une progression exponentielle. À ce sujet, revoir ma newsletter "ExponentialitĂ©s", qui date de l'Ă©tĂ© dernier.

Cela fait six ans que je construis une startup en IA et que j’investis dans ce domaine. Je vis dans ce monde. Et j’écris ceci pour les personnes de ma vie qui n’y vivent pas
 ma famille, mes amis, les gens qui me sont chers et qui me demandent sans cesse : « Alors, c’est quoi l’histoire avec l’IA ? », et qui obtiennent une rĂ©ponse qui ne rend pas justice Ă  ce qui est rĂ©ellement en train de se passer. Je leur donne toujours la version polie. La version « soirĂ©e cocktail ». Parce que la version honnĂȘte donne l’impression que j’ai perdu la tĂȘte. Et pendant un temps, je me suis dit que c’était une raison suffisante pour garder pour moi ce qui se passe vraiment. Mais l’écart entre ce que je disais et la rĂ©alitĂ© est devenu beaucoup trop grand. Les gens qui comptent pour moi mĂ©ritent d’entendre ce qui arrive, mĂȘme si cela paraĂźt fou.

Je veux ĂȘtre clair dĂšs le dĂ©part : mĂȘme si je travaille dans l’IA, je n’ai quasiment aucune influence sur ce qui est sur le point d’arriver, et la grande majoritĂ© de l’industrie non plus. L’avenir est façonnĂ© par un nombre remarquablement restreint de personnes : quelques centaines de chercheurs dans une poignĂ©e d’entreprises
 OpenAI, Anthropic, Google DeepMind, et quelques autres. Un seul entraĂźnement de modĂšle, pilotĂ© par une petite Ă©quipe pendant quelques mois, peut produire un systĂšme d’IA qui modifie la trajectoire entiĂšre de la technologie. La plupart d’entre nous, dans l’IA, construisons sur des fondations que nous n’avons pas posĂ©es. Nous observons cela se dĂ©rouler comme vous
 nous sommes simplement assez proches pour sentir le sol trembler en premier.

☝
Remarque de Mathieu
L'auteur fait la distinction entre les chercheurs en IA (qui sont trĂšs peu nombreux, quelques centaines) qui travaillent sur ces IA, et les personnes "tech" utilisatrices de l'IA.
L'auteur est, comme moi, une personne "tech" utilisatrice de l'IA. Nous ne sommes pas capables d'en créer une, mais nous voyons aux premiÚres loges ce qui est en train de se passer. Ce que le reste de la société n'a pas encore vraiment vu.

Mais le moment est venu. Pas dans le sens « un jour, il faudra en parler ». Dans le sens « cela se passe maintenant, et il faut que vous le compreniez ».

Je sais que c’est rĂ©el parce que cela m’est arrivĂ© Ă  moi en premier.

Voici ce que presque personne en dehors de la tech ne comprend encore : si tant de personnes du secteur tirent la sonnette d’alarme aujourd’hui, c’est parce que cela nous est dĂ©jĂ  arrivĂ©. Nous ne faisons pas des prĂ©dictions. Nous vous racontons ce qui s’est dĂ©jĂ  produit dans nos propres mĂ©tiers, et nous vous prĂ©venons que votre tour arrive.

Pendant des annĂ©es, l’IA s’est amĂ©liorĂ©e rĂ©guliĂšrement. De grands bonds de temps en temps, mais suffisamment espacĂ©s pour que nous puissions les assimiler. Puis, en 2025, de nouvelles techniques de construction des modĂšles ont dĂ©bloquĂ© un rythme de progrĂšs bien plus rapide. Puis encore plus rapide. Puis encore plus rapide. Chaque nouveau modĂšle n’était pas seulement meilleur que le prĂ©cĂ©dent
 il l’était avec un Ă©cart plus large, et le temps entre les sorties se raccourcissait. J’utilisais l’IA de plus en plus, avec de moins en moins d’allers-retours, en la regardant gĂ©rer des choses que je pensais relever de mon expertise.

Puis, le 5 fĂ©vrier, deux grands laboratoires d’IA ont publiĂ© de nouveaux modĂšles le mĂȘme jour : GPT-5.3 Codex d’OpenAI et Opus 4.6 d’Anthropic (les crĂ©ateurs de Claude, l’un des principaux concurrents de ChatGPT). Et quelque chose a basculĂ©. Pas comme un interrupteur
 plutĂŽt comme le moment oĂč vous rĂ©alisez que l’eau est montĂ©e autour de vous et qu’elle vous arrive dĂ©sormais Ă  la poitrine.

☝
Remarque de Mathieu
Alors l'image est drÎle, parce que c'est exactement celle que j'avais choisie pour ma newsletter "Exponentialités". Cette idée qu'on a les pieds à peine mouillés à un instant, et que 3 secondes aprÚs on boit la tasse.

Je ne suis plus nĂ©cessaire pour le travail technique concret de mon mĂ©tier. Je dĂ©cris ce que je veux construire, en anglais courant, et cela
 apparaĂźt. Pas un brouillon Ă  corriger. Le produit fini. Je dis Ă  l’IA ce que je veux, je m’éloigne de mon ordinateur pendant quatre heures, et je reviens pour trouver le travail terminĂ©. Bien fait. Mieux fait que je ne l’aurais fait moi-mĂȘme, sans aucune correction Ă  apporter. Il y a quelques mois, je dialoguais encore avec l’IA, je la guidais, je faisais des ajustements. Aujourd’hui, je dĂ©cris simplement le rĂ©sultat attendu et je m’en vais.

Je n’exagùre pas. C’est exactement à cela que ressemblait mon lundi cette semaine.

Mais c’est le modĂšle publiĂ© la semaine derniĂšre (GPT-5.3 Codex) qui m’a le plus Ă©branlĂ©. Il ne se contentait pas d’exĂ©cuter mes instructions. Il prenait des dĂ©cisions intelligentes. Il avait quelque chose qui ressemblait, pour la premiĂšre fois, Ă  du jugement. À du goĂ»t. Ce sens inexplicable de ce qui est la bonne dĂ©cision, que l’on disait depuis toujours inaccessible Ă  l’IA. Ce modĂšle l’a, ou quelque chose d’assez proche pour que la distinction commence Ă  ne plus vraiment compter.

J’ai toujours Ă©tĂ© parmi les premiers Ă  adopter les outils d’IA. Mais ces derniers mois m’ont profondĂ©ment surpris. Ces nouveaux modĂšles ne sont pas des amĂ©liorations incrĂ©mentales. C’est autre chose, entiĂšrement.

Et voici pourquoi cela vous concerne, mĂȘme si vous ne travaillez pas dans la tech.

Les laboratoires d’IA ont fait un choix dĂ©libĂ©rĂ©. Ils ont commencĂ© par rendre l’IA excellente en programmation
 parce que construire de l’IA nĂ©cessite Ă©normĂ©ment de code. Si l’IA peut Ă©crire ce code, elle peut aider Ă  construire la version suivante d’elle-mĂȘme. Une version plus intelligente, qui Ă©crit un meilleur code, qui construit une version encore plus intelligente. Rendre l’IA excellente en programmation Ă©tait la stratĂ©gie qui dĂ©bloquait tout le reste. C’est pour cela qu’ils ont commencĂ© par lĂ . Si mon mĂ©tier a commencĂ© Ă  changer avant le vĂŽtre, ce n’est pas parce qu’ils visaient les dĂ©veloppeurs
 c’était un effet secondaire de leur point de dĂ©part.

Ils ont maintenant réussi. Et ils passent à tout le reste.

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Remarque de Mathieu
En effet, les créateurs des IA n'ont rien contre les développeurs. Ils ont juste besoin de rendre l'IA trÚs forte en développement pour... pouvoir créer des IA plus fortes tout court.

Du coup, ce sont les développeurs qui ont vu l'impact les premiers.
J'ai moi-mĂȘme passĂ© du temps Ă  prompter les toutes derniĂšres IA sur des programmes pour remarquer que ça ne me servait plus Ă  rien de toucher au code. Il me faut juste poser les bonnes questions.

L’expĂ©rience qu’ont vĂ©cue les travailleurs de la tech ces douze derniers mois — voir l’IA passer de « simple outil utile » Ă  « fait mon travail mieux que moi » — est l’expĂ©rience que tout le monde est sur le point de vivre. Le droit, la finance, la mĂ©decine, la comptabilitĂ©, le conseil, l’écriture, le design, l’analyse, le service client. Pas dans dix ans. Les personnes qui construisent ces systĂšmes parlent d’un Ă  cinq ans. Certains disent moins. Et vu ce que j’ai observĂ© ces derniers mois, « moins » me paraĂźt plus probable.

« Mais j’ai essayĂ© l’IA et ce n’était pas si impressionnant. »

J’entends cela en permanence. Je le comprends, parce que c’était vrai avant.

Si vous avez essayĂ© ChatGPT en 2023 ou dĂ©but 2024 et que vous vous ĂȘtes dit « ça invente des choses » ou « ce n’est pas si impressionnant », vous aviez raison. Ces premiĂšres versions Ă©taient rĂ©ellement limitĂ©es. Elles hallucinaient. Elles affirmaient avec assurance des absurditĂ©s.

C’était il y a deux ans. À l’échelle de l’IA, c’est de l’histoire ancienne.

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Remarque de Mathieu
Les gens ne comprennent pas que s'ils ont essayĂ© l'IA il y a 1 an, ou mĂȘme 6 mois, ça n'a rien Ă  voir avec les IA d'aujourd'hui. Oui c'est trĂšs diffĂ©rent. Parce que l'intelligence est en train d'exploser.

Il sort de meilleures IA tout le temps. Au point que moi, qui suis au taquet dessus, je n'arrive plus Ă  suivre. Les chercheurs en IA non plus n'arrivent plus Ă  suivre il paraĂźt.

Les modĂšles disponibles aujourd’hui sont mĂ©connaissables par rapport Ă  ce qui existait il y a seulement six mois. Le dĂ©bat sur le fait de savoir si l’IA « progresse vraiment » ou « atteint un plafond » — qui dure depuis plus d’un an — est terminĂ©. DĂ©finitivement. Toute personne qui soutient encore cet argument soit n’a pas utilisĂ© les modĂšles actuels, soit a intĂ©rĂȘt Ă  minimiser ce qui se passe, soit se base sur une expĂ©rience datant de 2024 qui n’est plus pertinente. Je ne dis pas cela pour ĂȘtre condescendant. Je le dis parce que l’écart entre la perception publique et la rĂ©alitĂ© actuelle est dĂ©sormais Ă©norme, et que cet Ă©cart est dangereux
 car il empĂȘche les gens de se prĂ©parer.

☝
Remarque de Mathieu
Il y a effectivement un écart entre la perception publique et la réalité du terrain (ce que les développeurs chevronnés utilisent par exemple).
J'irai mĂȘme plus loin : il y a un Ă©cart entre la rĂ©alitĂ© du terrain et ce que les chercheurs en IA voient dans leurs Ă©prouvettes. Ce qui nous attend dans les mois Ă  venir.

C'est au point oĂč ces chercheurs en IA commencent Ă ... chercher du travail, parce qu'ils se rendent compte qu'ils seront trĂšs bientĂŽt eux-mĂȘmes obsolĂštes.

Une partie du problĂšme vient du fait que la plupart des gens utilisent la version gratuite des outils d’IA. Cette version gratuite a plus d’un an de retard sur ce Ă  quoi les utilisateurs payants ont accĂšs. Juger l’IA Ă  partir du ChatGPT gratuit revient Ă  Ă©valuer l’état des smartphones en utilisant un tĂ©lĂ©phone Ă  clapet. Ceux qui paient pour les meilleurs outils et les utilisent rĂ©ellement au quotidien pour un travail concret savent ce qui arrive.

Je pense Ă  un ami Ă  moi, avocat. Je n’arrĂȘte pas de lui dire d’essayer sĂ©rieusement l’IA dans son cabinet, et il trouve toujours des raisons pour lesquelles cela ne peut pas fonctionner. Ce n’est pas adaptĂ© Ă  sa spĂ©cialitĂ©, cela a fait une erreur quand il a testĂ©, cela ne comprend pas les nuances de son travail. Et je comprends. Mais, en parallĂšle, des associĂ©s de grands cabinets d’avocats m’ont contactĂ© pour me demander conseil, parce qu’ils ont testĂ© les versions actuelles et qu’ils voient clairement oĂč tout cela mĂšne.
L’un d’eux, managing partner d’un grand cabinet, passe plusieurs heures par jour Ă  utiliser l’IA. Il m’a dit que c’était comme avoir une Ă©quipe de collaborateurs disponibles instantanĂ©ment. Il ne l’utilise pas parce que c’est un gadget. Il l’utilise parce que cela fonctionne. Et il m’a dit quelque chose qui m’est restĂ© en tĂȘte : tous les deux ou trois mois, l’outil devient nettement plus performant pour son travail. Il m’a expliquĂ© que si la trajectoire actuelle se maintient, il s’attend Ă  ce que l’IA puisse faire l’essentiel de ce qu’il fait lui-mĂȘme dans un avenir proche
 et c’est un managing partner avec des dĂ©cennies d’expĂ©rience. Il ne panique pas. Mais il observe cela de trĂšs prĂšs.

Les personnes qui ont une longueur d’avance dans leurs secteurs — celles qui expĂ©rimentent rĂ©ellement et sĂ©rieusement — ne balaient pas tout cela d’un revers de main. Elles sont stupĂ©faites par ce que l’IA sait dĂ©jĂ  faire. Et elles se positionnent en consĂ©quence.

À quelle vitesse tout cela avance rĂ©ellement

Je veux rendre le rythme des progrùs concret, parce que c’est sans doute la partie la plus difficile à croire si vous n’observez pas cela de prùs.

En 2022, l’IA ne savait pas faire des opĂ©rations arithmĂ©tiques simples de maniĂšre fiable. Elle pouvait vous affirmer avec assurance que 7 × 8 = 54.
En 2023, elle pouvait rĂ©ussir l’examen du barreau.
En 2024, elle pouvait écrire des logiciels fonctionnels et expliquer des concepts scientifiques de niveau master ou doctorat.
Fin 2025, certains des meilleurs ingĂ©nieurs du monde expliquaient avoir confiĂ© la majeure partie de leur travail de programmation Ă  l’IA.
Le 5 février 2026, de nouveaux modÚles sont arrivés qui ont rendu tout ce qui les précédait semblable à une autre époque.

☝
Remarque de Mathieu
Fin 2025.
5 février 2026.
Voilà le temps qu'il a fallu pour faire un bond de géant et reléguer les IA précédentes au rang de "silex mal taillés".

Si vous n’avez pas essayĂ© l’IA ces derniers mois, ce qui existe aujourd’hui vous serait totalement mĂ©connaissable.

Il existe une organisation appelĂ©e METR qui mesure cela avec des donnĂ©es concrĂštes. Elle suit la durĂ©e des tĂąches rĂ©elles (mesurĂ©e par le temps qu’un expert humain mettrait Ă  les accomplir) qu’un modĂšle peut rĂ©aliser de bout en bout sans aide humaine.
Il y a environ un an, la limite Ă©tait d’environ dix minutes. Puis une heure. Puis plusieurs heures. La mesure la plus rĂ©cente (Claude Opus 4.5, en novembre) montrait une IA capable de rĂ©aliser des tĂąches qui prennent prĂšs de cinq heures Ă  un expert humain. Et cette durĂ©e double environ tous les sept mois, avec des donnĂ©es rĂ©centes suggĂ©rant que cela pourrait s’accĂ©lĂ©rer jusqu’à tous les quatre mois.

Mais mĂȘme cette mesure n’a pas encore Ă©tĂ© mise Ă  jour pour inclure les modĂšles sortis cette semaine. D’aprĂšs mon expĂ©rience, le saut est extrĂȘmement important. Je m’attends Ă  ce que la prochaine mise Ă  jour du graphique de METR montre un nouveau bond majeur.

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Remarque de Mathieu
On fait des benchmarks pour suivre les progrĂšs de l'IA.
ProblÚme : ces benchmarks deviennent de plus en plus vite obsolÚtes. L'IA explose les scores. Donc il faut mettre à jour les benchmarks, changer d'échelle.
C'est le signal qu'on ne progresse pas rapidement, mais "de plus en plus rapidement".

Si l’on prolonge cette tendance — et elle se maintient depuis des annĂ©es sans signe de ralentissement — nous nous dirigeons vers des IA capables de travailler de maniĂšre autonome pendant plusieurs jours d’ici un an. Des semaines d’ici deux ans. Des projets d’un mois entier d’ici trois ans.

Dario Amodei a dĂ©clarĂ© que des modĂšles d’IA « nettement plus intelligents que presque tous les humains dans presque toutes les tĂąches » sont en bonne voie pour 2026 ou 2027.

Prenez un instant pour mesurer ce que cela implique. Si une IA est plus intelligente que la plupart des doctorants, pensez-vous vraiment qu’elle ne pourra pas accomplir la majoritĂ© des emplois de bureau ?

Réfléchissez à ce que cela signifie pour votre travail.

L’IA construit dĂ©sormais la prochaine IA

Il se passe encore une chose, Ă  mon sens la plus importante et la moins comprise de toutes.

Le 5 février, OpenAI a publié GPT-5.3 Codex. Dans la documentation technique, on peut lire ceci :

« GPT-5.3-Codex est notre premier modĂšle qui a jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans sa propre crĂ©ation. L’équipe Codex a utilisĂ© des versions prĂ©liminaires pour dĂ©boguer son propre entraĂźnement, gĂ©rer son propre dĂ©ploiement et diagnostiquer les rĂ©sultats des tests et des Ă©valuations. »

Relisez bien cela. L’IA a contribuĂ© Ă  se construire elle-mĂȘme.

Ce n’est pas une prĂ©diction sur ce qui pourrait arriver un jour. OpenAI affirme, maintenant, que l’IA qu’ils viennent de publier a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour se crĂ©er elle-mĂȘme. L’un des principaux facteurs d’amĂ©lioration de l’IA est l’intelligence appliquĂ©e au dĂ©veloppement de l’IA. Et l’IA est dĂ©sormais suffisamment intelligente pour contribuer de maniĂšre significative Ă  sa propre amĂ©lioration.

Dario Amodei, PDG d’Anthropic, explique que l’IA Ă©crit dĂ©sormais « une grande partie du code » de son entreprise, et que la boucle de rĂ©troaction entre l’IA actuelle et la gĂ©nĂ©ration suivante « s’accĂ©lĂšre de mois en mois ». Il estime que nous sommes peut-ĂȘtre « Ă  seulement un ou deux ans du point oĂč la gĂ©nĂ©ration actuelle d’IA construira de maniĂšre autonome la suivante ».

Chaque gĂ©nĂ©ration aide Ă  construire la suivante, plus intelligente, qui construit la suivante encore plus vite, et ainsi de suite. Les chercheurs appellent cela une explosion d’intelligence. Et les personnes les mieux placĂ©es pour le savoir — celles qui la construisent — pensent que le processus a dĂ©jĂ  commencĂ©.

Ce que cela signifie pour votre emploi

Je vais ĂȘtre direct, parce que vous mĂ©ritez plus l’honnĂȘtetĂ© que le confort.

Dario Amodei, qui est probablement le PDG le plus focalisĂ© sur la sĂ©curitĂ© dans l’industrie de l’IA, a publiquement prĂ©dit que l’IA Ă©liminerait 50 % des emplois de cols blancs dĂ©butants dans un dĂ©lai d’un Ă  cinq ans. Et beaucoup de personnes dans le secteur pensent qu’il est conservateur. Au vu de ce que les derniers modĂšles savent faire, la capacitĂ© de provoquer une disruption massive pourrait ĂȘtre lĂ  d’ici la fin de cette annĂ©e. Il faudra du temps pour que cela se diffuse dans l’économie, mais la capacitĂ© sous-jacente arrive maintenant.

C’est diffĂ©rent de toutes les vagues d’automatisation prĂ©cĂ©dentes, et il est important que vous compreniez pourquoi. L’IA ne remplace pas une compĂ©tence spĂ©cifique. Elle est un substitut gĂ©nĂ©ral au travail cognitif. Elle s’amĂ©liore dans tous les domaines en mĂȘme temps.
Quand les usines se sont automatisĂ©es, un ouvrier remplacĂ© pouvait se reconvertir dans un travail de bureau. Quand Internet a bouleversĂ© le commerce de dĂ©tail, les travailleurs se sont tournĂ©s vers la logistique ou les services. Mais l’IA ne laisse pas de « trou » Ă©vident dans lequel se reconvertir. Quoi que vous appreniez Ă  faire, elle progresse aussi dans ce domaine.

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Remarque de Mathieu
On n'arrĂȘte pas de dire "L'IA ne saura jamais faire ça" mais c'est de moins en moins vrai. Du coup, trouver un travail "protĂ©gĂ© de l'IA" va ĂȘtre trĂšs dur. Il reste les travaux manuels, mais les robots vont arriver trĂšs vite.

Au fond, il va peut-ĂȘtre falloir revoir la notion de "travail" rapidement. Le fondements de notre Ă©conomie. La notion d'argent.

J'ai le sentiment que L'IA explose littĂ©ralement le capitalisme – et en mĂȘme temps qu'elle est en train de crĂ©er une sorte de supercapitalisme exacerbĂ©.

Laissez-moi vous donner quelques exemples concrets pour rendre cela tangible
 en prĂ©cisant bien que cette liste n’est pas exhaustive. Si votre mĂ©tier n’est pas mentionnĂ©, cela ne signifie absolument pas qu’il est Ă  l’abri. Presque tout le travail intellectuel est concernĂ©.

Le travail juridique. L’IA sait dĂ©jĂ  lire des contrats, rĂ©sumer la jurisprudence, rĂ©diger des conclusions et effectuer des recherches juridiques Ă  un niveau comparable Ă  celui de jeunes collaborateurs. Le managing partner que j’ai mentionnĂ© ne l’utilise pas pour s’amuser, mais parce qu’elle surpasse dĂ©jĂ  ses Ă©quipes sur de nombreuses tĂąches.

L’analyse financiĂšre. Construire des modĂšles financiers, analyser des donnĂ©es, rĂ©diger des notes d’investissement, produire des rapports. L’IA fait tout cela correctement et progresse trĂšs vite.

L’écriture et la crĂ©ation de contenu. Textes marketing, rapports, journalisme, documentation technique. La qualitĂ© a atteint un niveau oĂč beaucoup de professionnels ne parviennent plus Ă  distinguer un texte produit par une IA d’un texte Ă©crit par un humain.

L’ingĂ©nierie logicielle. C’est le domaine que je connais le mieux. Il y a un an, l’IA avait du mal Ă  Ă©crire quelques lignes de code sans erreurs. Aujourd’hui, elle Ă©crit des centaines de milliers de lignes qui fonctionnent correctement. De larges pans du mĂ©tier sont dĂ©jĂ  automatisĂ©s : pas seulement des tĂąches simples, mais des projets complexes sur plusieurs jours. Dans quelques annĂ©es, il y aura bien moins de postes de dĂ©veloppeurs qu’aujourd’hui.

L’analyse mĂ©dicale. Lecture d’imageries, analyse de rĂ©sultats de laboratoire, suggestion de diagnostics, revue de la littĂ©rature scientifique. L’IA approche ou dĂ©passe dĂ©jĂ  les performances humaines dans plusieurs domaines.

Le service client. De vĂ©ritables agents d’IA compĂ©tents — pas les chatbots frustrants d’il y a cinq ans — sont dĂ©ployĂ©s dĂšs maintenant pour gĂ©rer des problĂšmes complexes en plusieurs Ă©tapes.

Beaucoup de personnes se rassurent en pensant que certaines choses sont « sĂ»res ». Que l’IA peut gĂ©rer le travail rĂ©pĂ©titif, mais pas remplacer le jugement humain, la crĂ©ativitĂ©, la pensĂ©e stratĂ©gique, l’empathie. Je disais cela moi aussi. Je ne suis plus sĂ»r d’y croire.

☝
Remarque de Mathieu
L'IA peut-elle ĂȘtre crĂ©ative ?
Plus aucun doute aujourd'hui pour moi.
Ça paraissait inatteignable Ă  un programme informatique, mais j'ai vu des textes et des programmes Ă©crits par des IA qui m'ont rendu bouche bĂ©e.

Les modĂšles les plus rĂ©cents prennent des dĂ©cisions qui ressemblent Ă  du jugement. Ils montrent quelque chose qui s’apparente Ă  du goĂ»t : une intuition de ce qui est la bonne dĂ©cision, pas seulement la dĂ©cision techniquement correcte. Il y a un an, cela aurait Ă©tĂ© impensable. Ma rĂšgle empirique aujourd’hui est la suivante : si un modĂšle montre ne serait-ce qu’un soupçon d’une capacitĂ© aujourd’hui, la gĂ©nĂ©ration suivante sera rĂ©ellement bonne dans ce domaine. Ces systĂšmes progressent de maniĂšre exponentielle, pas linĂ©aire.

L’IA reproduira-t-elle une empathie humaine profonde ? Remplacera-t-elle la confiance construite au fil de plusieurs annĂ©es de relation ? Je n’en sais rien. Peut-ĂȘtre pas. Mais j’ai dĂ©jĂ  vu des personnes commencer Ă  s’appuyer sur l’IA pour du soutien Ă©motionnel, des conseils, de la compagnie. Et cette tendance ne va faire que croĂźtre.

Je pense que la rĂ©ponse honnĂȘte est que rien de ce qui peut ĂȘtre fait sur un ordinateur n’est rĂ©ellement Ă  l’abri Ă  moyen terme. Si votre travail se dĂ©roule sur un Ă©cran — si l’essentiel de ce que vous faites consiste Ă  lire, Ă©crire, analyser, dĂ©cider, communiquer via un clavier — alors l’IA va en prendre une part significative. La question n’est pas « un jour ». Cela a dĂ©jĂ  commencĂ©.

À terme, les robots prendront aussi en charge le travail physique. Nous n’y sommes pas encore tout Ă  fait. Mais en matiĂšre d’IA, « pas encore tout Ă  fait » devient souvent « c’est lĂ  » bien plus vite que prĂ©vu.

Ce que vous devriez faire concrĂštement

Je n’écris pas cela pour vous faire vous sentir impuissant. J’écris cela parce que je pense que le plus grand avantage que vous puissiez avoir aujourd’hui est tout simplement d’ĂȘtre en avance. En avance pour comprendre. En avance pour utiliser ces outils. En avance pour vous adapter.

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