🔭 Un silence n'est pas un accord
Infantino, ou l'isolement du décideur tout-puissant
Parier sur l'équipe qui va gagner un match de foot est amusant. ⚽️
Regarder le patron de la FIFA se noyer dans des décisions déconnectées, c'est autrement plus divertissant. 🍿
Finalement, le feuilleton de l'été n'aura pas tant été la Coupe du Monde de football pour moi... que les aventures de Gianni Infantino, son président.

Il faut dire que le bonhomme est à l'origine de quelques trucs qui font se frotter les yeux pour vérifier qu'on est bien éveillé. Allez, listons-en juste 3 :
- Il a créé un prix FIFA de la paix de toutes pièces. Premier et seul bénéficiaire pour l'instant : Trump, qui regrettait de ne pas avoir eu le Nobel de la Paix.
- Il a fait sauter la suspension après le carton rouge du joueur star des USA en pleine coupe du monde suite à un appel de Trump.
- Il a mis en place un calendrier accéléré pour privatiser la FIFA pour certains investisseurs. Il a fini par se rétracter sous la pression.
Chacun de ces faits paraît trop gros pour être vrai. Pourtant, Infantino a continué encore et encore. Son entourage n'a rien dit...
... jusqu'à ce que...
... jusqu'à ce que tout explose. 💥
Cela m'amène à m'interroger :
- Comment une personne de pouvoir peut-elle ne pas être contredite si longtemps ?
- Comment l'entourage s'organise-t-il un jour pour faire "tomber" le boss ?
- Et ce qui nous intéresse : comment éviter que ça vous arrive en tant que boss ?
Gianni voit pas de problème
Dans l'entourage d'Infantino, tout a été silencieux jusqu'à ce que tout explose :
- Prix de la paix : silence
- Affaire du carton rouge : silence gêné
- Privatisation de la FIFA : Infantino s'est finalement vu contraint d'annuler son projet

Pourtant, il y avait de quoi être étonné voire outré à plusieurs reprises. La presse l'a relayé :
- Pour le prix de la paix de la FIFA, nombre de collaborateurs ont appris cela par la presse. Il n'y a pas eu de processus de sélection ni de critères documentés pour élire le destinataire du prix (source).
- Pour le carton rouge, Trump a assumé son appel. Il a lui-même confirmé son intervention (source).
Normalement, un seul de ces faits aurait pu suffire à faire tomber un dirigeant. Sauf si... sauf si celui-ci a établi un pouvoir suffisant sur son entourage et sur l'institution.
Pourquoi Infantino a plié
Ce sont les pressions qui auront eu raison de la volonté d'Infantino de privatiser la FIFA :
- Les fédérations UEFA, CONCACAF et AFC lui ont adressé une lettre ouverte
- L'UEFA (représentant des équipes de foot européennes) est allée jusqu'à menacer de boycotter la prochaine coupe du monde
- etc.
Mais il aura fallu du temps et des efforts concertés. À l'heure où ces lignes sont écrites, le projet de privatisation est bien abandonné, mais d'autres dirigeants veulent sa tête. On assiste alors au moment où le trône peut être renversé.
Peut-on mesurer le pouvoir ?
Le pouvoir est quelque chose de complexe : il ne se "voit" pas. On ne peut pas le mesurer avec un appareil.
Pourtant, le pouvoir est là.
On en ressent les effets : dans les silences de l'entourage, dans l'absence de contradiction. 🤐
Lorsque vous montez votre boîte et qu'elle commence à marcher, l'air change de consistance autour de vous.
On ressent aussi les effets lorsque le pouvoir est renversé. Parfois, c'est brutal.
Mon tout premier billet de newsletter portait justement sur une situation de ce type : l'éviction de Sam Altman (CEO OpenAI) par son board. Un jour, une partie du board s'est unie pour le faire sortir (et a finalement échoué).

Aux yeux du monde entier, tout ce qu'on a vu, c'est l'explosion. Mais les problèmes pré-existaient depuis un moment.
☝️ Mon analyse
Je résumerais les choses ainsi :
Le silence de votre entourage n'est pas un accord.
C'est une dette.
Et elle se rembourse d'un seul coup : quand tout explose. 🧨
J'ai toujours été surpris à quel point les gens pouvaient me dire oui sans contradiction. Si on n'y prend pas garde, on s'entoure vite de "yes men", d'une équipe qui répond toujours "oui chef !", même aux instructions un peu absurdes.
Pas besoin d'être le patron de la FIFA pour en faire l'expérience. Avoir juste une petite équipe de quelques personnes suffit.
Lorsque vous montez votre boîte et qu'elle commence à marcher, l'air change de consistance autour de vous. On ne vous contredit pas, ou beaucoup moins.
C'est d'ailleurs une technique bien connue du service client : face à un client mécontent, l'employé passe le téléphone à son voisin en prétendant au client qu'il lui passe le patron. D'un coup, le client se révèle plus docile.
Un tel pouvoir a ses avantages mais, poussé à l'extrême, il peut se révéler dangereux pour l'organisation... comme pour le CEO qui ne comprend pas pourquoi "tout d'un coup" tout le monde semble se liguer contre lui.
Quand on en arrive là, c'est qu'il est trop tard.
