Peut-on démocratiser l'élitisme ?

Construire plus de prépas ne résout pas les problèmes de fond. Pourquoi ?

Peut-on démocratiser l'élitisme ?
Avec les prépas, on voudrait démocratiser l’élitisme, c’est presque un non-sens

Cette phrase du sociologue James Masy dans un article du Monde a réveillé de vieilles questions existentielles en moi. Du genre qui tiennent éveillé la nuit. 😳

  • 👩‍🎓 Qu'est-ce que les prépas "de proximité" ?
  • 🤔 Pourquoi n'ont-elles pas attiré les milieux populaires et les femmes ?
  • 🙅🏽 Comment les étudiants s'autocensurent dans leurs choix de formation ?
  • 🥱 Quelqu'un aurait-il des heures de sommeil à me prêter ?

Vous saurez (presque) tout ça en lisant cette nouvelle édition "De start-up à scale-up".


Trois virgule quarante trois pour cent

Vous avez bien lu. 3,43%.

C'est le taux d'admission à Harvard pour la prochaine rentrée. Un record... du plus bas taux d'admission, évidemment.

Harvard, c'est l'université number 1 dans le monde selon la plupart des classements. Aller à Harvard, c'est faire partie de l'élite, avoir un super diplôme reconnu et la garantie d'être chassé par des employeurs pour des jobs grassement payés. 🤑

🙋
Mais alors pourquoi on ne ferait pas d'autres Harvard comme ça tout le monde aurait un job bien payé ?

C'est que notre société fonctionne un peu comme une pyramide, voyez-vous. 🔺

Le haut de la pyramide est plus petit et a vocation à le rester. Les places y sont rares, chères, et dans les faits occupées par des gens bien nés (= souvent riches).

La taille de Harvard n'augmente donc pas. En revanche, la demande pour aller à Harvard oui :

Les étudiants acceptés à Harvard comparés au nombre de candidats

Dans ce graphique absolument pas accessible aux daltoniens, il y a 2 barres :

  • Une grosse barre rouge claire : c'est le nombre de personnes qui postulent à Harvard chaque année.
  • Une microscopique barre rouge foncée (prenez une loupe, c'est subtil 🔍) : c'est le nombre de personnes acceptées à Harvard chaque année.

La demande augmente, mais les places restent toujours aussi limitées. Mathématiquement, le taux d'admission diminue. Il est passé de 6% à 3,43% en quelques années.

🙋
Excusez-moi, c'est encore moi. Donc pourquoi personne ne construit d'autres campus à la Harvard pour accueillir plus de monde ?

Figurez-vous que la France a essayé... en démultipliant les classes prépa.

En France : classes prépa et grandes écoles

La France a le même principe qu'Harvard avec les grandes écoles comme Polytechnique ou HEC. Tout le monde se dit qu'y aller serait une bonne idée.

Alors on a voulu ouvrir à plus de monde, en créant plus de classes prépa sur tout le territoire (pour préparer à ces grandes écoles). C'est ainsi que sont nées les "prépas de proximité".

Sauf que voilà, comme le dit James Masy :

Dans les années 2000, on disait que les prépas de proximité attireraient des jeunes de milieux populaires [...] et des femmes, et force est de constater que cela n’a pas bien fonctionné.

Pourquoi ?

D'une part à cause de l'autocensure. On ignore souvent certaines voies de formation à cause de l'origine sociale (les parents, les amis).
"Ce n'est pas pour vous", entendez-vous. 😞

Mais aussi parce que ce fonctionnement arrange bien la société, pour citer à nouveau James Masy :

On limite l’offre de formation pour créer une élite qui occupera des postes de direction importants dans notre société : les futurs manageurs de grandes entreprises, les cadres ingénieurs, et même des personnalités politiques.
💡
Eh oui, il y a eu plus de prépas... mais il y a toujours aussi peu de places à Polytechnique et HEC derrière !

Voilà comment on s'est retrouvé à essayer de démocratiser l'élitisme. Ça n'a pas de sens. L'élite est petite par définition.


☝️ Mon analyse

Je ne vais pas résoudre les grandes questions de sociologie dans une newsletter en moins de 1000 mots, rassurez-vous.

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